non mais des fois

29 juillet 2015

NOTA BENE

Ayez des attentes réalistes

Au XIe siècle, avec les Vikings, le Danemark était un pays puissant qui s'étendait de la Norvège à l'Angleterre actuelles. Depuis, le territoire danois s'est vu rapiécé de tous côtés pour devenir ce qu'il est aujourd'hui. Selon Malène Rydahl, "cette histoire, grandeur puis de dépossession, a certainement contribué au développement d'un comportement réaliste vis-à-vis des difficultés de la vie". Et du coup, les Danois seraient plus satisfaits de ce qu'ils ont. Consultez plutôt la "loi de Jante" ci-dessous, texte qui leur sert de code de conduite tacite et dont le maître-mot est "retenue" :

Du skal ikke tro du er noget - Tu ne dois pas croire que tu es quelqu'un de spécial
Du skal ikke tro du er lige meget som os - Tu ne dois pas croire que tu vaux autant que nous
Du skal ikke tro du er kloger en os - Tu ne dois pas croire que tu es plus malin/sage que nous

Du skal ikke innbille dig at du er bedre en os - Tu ne dois pas t'imaginer que tu es meilleur que nous

Du skal ikke tro du ved mere en os - Tu ne dois pas croire que tu sais mieux que nous 
 
Du skal ikke tro du er mere en os - Tu ne dois pas croire que tu es plus que nous
Du skal ikke tro at du duger til noget - Tu ne dois pas croire que tu es capable de quoi que ce soit 

Du skal ikke grine af os - Tu ne dois pas rire de nous
Du skal ikke tro at nogen kan lige dig - Tu ne dois pas croire que quelqu'un s'intéresse / s'inquiète à ton sujet
 
Du skal ikke tro du kan lære os noget - Tu ne dois pas croire que tu peux nous apprendre quelque chose

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09 juin 2015

malbouffe, une mine de renseignements

  • 1. La Fin dun Mythe,Nos Produits qui étaient bien Français, cest du Passé
  • 2. Les champignons de ParisDe Paris, ils nont que le nom. Pire : 88% dentre eux viennent de létranger,les rayons des supermarchés regorgeant le plus souvent de champignonsissus des États-Unis, de la Chine ou des Pays-Bas, les trois principauxpays producteurs.En France, sils ont pendant longtemps été élevés dans la capitale, lesfameux champignons ne poussent désormais plus quà Saumur.La ville dans le Maine-et-Loire regroupe 70% de la production nationale(mais 12% seulement du global consommé).
  • 3. La charcuterie corseElle est présentée comme un des plus purs produits du terroir français.Et pourtant la charcuterie corse ne dispose daucune « appellationdorigine contrôlée ».Le consommateur ne trouvera donc sur les rayons des supermarchés ducontinent que des produits dont les matières premières proviennentdailleurs à plus de 90%.Ainsi, par exemple, malgré les têtes de Maure et les mentions « Produitde lîle de Beauté » sur les étiquettes, le saucisson dâne est importédArgentine et les jambons sont pour la plupart composés de carcassesissues de Chine.
  • 4. Le jambon dAosteVoilà une des plus belles et des plus juteusesescroquerie « marketing » !Cest lun des jambons les plus consommés de France,mais ce dernier na rien à voir avec la charcuterie de laville italienne dAoste.Ce produit est en fait fabriqué en France à partir decarcasses chinoises et américaines, dans une communedu même nom mais située en... Isère.Et contrairement à son homologue transalpin, qui est unjambon cru, il sagit dun jambon mi-cuit. Le subterfuge afonctionné pendant des années puisque la marquedéposée « Jambon dAoste » a été la propriété du groupeAoste (Cochonou/Justin Bridou), leader français de lacharcuterie.Il aura fallu que la Commission européenne interdiserécemment (2008) lutilisation de cette appellation quiprête à confusion pour que lambiguïté cesse. La marquea depuis été renommée « Jambon Aoste » et non plus« Jambon d’Aoste ».
  • 5. LA.O.C de BretagnePrésentée comme de pursproduits du terroir français, lescharcuteries de Bretagnedisposent dune « Appellationdorigine contrôlée » quinoblige les fabricants quà uneseule chose : posséder aumoins un lieu demballage oude transformation en Bretagne. Le consommateur trouvera donc sur les rayons des supermarchés des produits dont 82% des matières premières proviennent du monde entier.Ainsi, les carcasses de porcs, souvent issues de Chine, de Hollande ou dePologne, le sel dit de Guérande, importé dArgentine et du Vietnam, et lesboyaux dandouille importés pour la plupart de Corée.Landouille dite de Vire, et autres charcuteries « De Bretagne », rejoignent ainsila mythologie des produits bretons, comme le beurre et la pâtisserie, dont 73%proviennent de la communauté Européenne et dAsie
  • 6. Pour faire de la moutarde de Dijon, il faut du vinaigre, de leau, du sel et des graines du... Canada !La moutarde de Dijon. Contrairement à ce que lon pourrait croire, la moutarde utilisée dans la préparation de la fameuse pâte ne vient pas de la région de Dijon. Une explication à cette bizarrerie : à la fin de la Seconde Guerre mondiale, avec la mise en place de la Politique agricole commune, les agriculteurs se sont désintéressés de la moutarde, qui ne leur permettait pas de recevoir les subsides de lUnion européenne. Résultat : 90% de la production utilisée pour la moutarde de Dijon provient maintenant du Canada.
  • 7. Le couteau Laguiole.Labeille, la lame fine légèrement relevée, la croix surle manche...Beaucoup croient que ces symboles apposés sur lescouteaux de Laguiole sont des signes dauthenticité.Erreur! Malgré leur charme et leur beauté, ellesnattestent ni de lorigine du couteau ni de sa qualitéde fabrication.Parce que la marque du plus célèbre des couteauxfrançais na jamais été déposée, Laguiole est depuisplus dun siècle lobjet de contrefaçons en France età létranger, 80% proviennent de Chine et duPakistan. Résultat : moins de 10% des Laguioles sontfabriqués dans le bourg aveyronnais !
  • 8. Le savon de Marseille.Avec le pastis et la lavande, cest lautre symbole de la Provence. Seul hic, lessavons estampillés « Savon de Marseille ne sont pas fabriqués dans le Sud-est.Car si les savonniers marseillais ont inventé le procédé de fabrication auMoyen-âge lappellation nest pas protégée.Résultat : les plus gros fabricants sont aujourdhui les Chinois et les Turcs !Et les huiles végétales utilisées pour la fabrication du savon, notammentlhuile de palme, proviennent de létranger, les savons passant à Marseilleuniquement pour être parfumés et emballés.
  • 9. Le melon charentais.Cest lemblème du melon français. Jaune ou vert, le melon charentaisfait la fierté des producteurs de la région de Cognac où les sols argilo-calcaires sont parfaitement adaptés à sa culture.Mais contrairement à son cousin de Cavaillon, le melon de Charente nepossède pas dAOC.Résultat : 80% des melons charentais que lon trouve sur les étals neviennent pas de Cognac mais dEspagne, du Maroc des Caraïbes, deChine et du Sénégal...
  • 10. Le camembert.Emblème suprême de la gastronomie française, lecamembert de Normandie est de loin le fromage leplus copié dans les rayons des supermarchés.Une explication à ce phénomène : tombé dans ledomaine public, le nom « Camembert » peut-êtreutilisé par nimporte quel producteur de nimportequel pays.Et malgré une AOC « Camembert de Normandie »,qui existe depuis 1983, de nombreux fabricantsutilisent le terme très proche de « Camembertfabriqué en Normandie ».Les différences : du lait pasteurisé au lieu du lait cru, un affinage raccourci etune fabrication qui nest soumise à aucune règleIls sont présentés comme les fleurons du terroir, mais quand on y regarde deplus près on découvre que leur appellation est douteuse.Matières premières importées de létranger (30% du lait vient de Chine, 50%de toute lEurope).Étiquetage souvent mensonger, additifs non précisés, fabrication hors deslimites de la région ou seuls existent de vagues bureaux de courtiers.Dans les rayons des hyper et super, il faut vraiment les chercher : les vraisCamembert ont lestampille « Appellation dOrigine Contrôlée » et sontspécifiés « au lait cru ».
  • 11. Lhuile dolive de Provence ou du Languedoc.Rare et chère, lhuile dolive est certainement leproduit qui compte le plus détiquetagesfrauduleux. En 2006, seulement 56% deséchantillons analysés étaient «conformes» à laréglementation, certaines bouteilles contenantjusquà 50% dhuile de tournesol ou présentantune fausse indication dorigine ou de variétédolive.Le symbole de la cuisine méditerranéenne ne comptant que septappellations dorigine protégée et une AOC «Huile de Provence», denombreux producteurs jouent en effet sur la confusion en ajoutant surles étiquettes des paysages évoquant le Sud ou des origines nonreconnues comme « huile de Provence Côte dazur ».Sans parler de lune des fraudes les plus courantes qui consiste àremplacer lhuile dolive par lhuile de grignons dolive, un résidu de lapâte dolives difficile à détecter pour le simple amateur.Bonne journée quand même.De plus, la circulation des fruits étant totalement libre en Europe, descamions entiers dolives espagnoles ou italiennes arrivent de préférencede nuit dans les moulins à huile provençaux et languedociens pour fairede la bonne huile « de chez nous » !
  • 12. Source :Ministère de lagriculture / France

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05 mars 2015

RECOLTE DE GRAINES DE TOMATES ETC

De la graine 04/03/2015 à 17h28

Tomates sans eau ni pesticide : cette méthode fascine les biologistes

Thibaut Schepman | Journaliste Rue89

Les méthodes de Pascal Poot, loin de l’agriculture moderne, sont aussi hyperproductives que naturelles et peu coûteuses. Des scientifiques pensent y trouver des réponses au changement climatique.

Ici, le terrain est si caillouteux et le climat si aride que les chênes vieux de 50 ans sont plus petits que les hommes.

Pourtant, à l’entrée de la ferme de Pascal Poot, sur les hauteurs de Lodève (Hérault), trône une vieille pancarte en carton : « Conservatoire de la tomate ».

 


Les tomates poussent, sans eau et sans tuteur, dans la ferme de Pascal Poot en 2014 (DR)

Pourtant, chaque été, les tomates Poire jaune et autres Noires de Crimée poussent ici dans une abondance folle.

Sans arrosage malgré la sécheresse, sans tuteur, sans entretien et bien sûr sans pesticide ni engrais, ses milliers de plants produisent jusqu’à 25 kilos de tomates chacun.

Son secret ? Il tient dans les graines, que Pascal Poot sème devant moi, avec des gestes qui mêlent patience et nonchalance.

 

image

C’est le début de la fin de l’hiver dans la région, le temps est venu pour lui de confier ses graines à la terre. Ce sont ses premiers semis de l’année.

L’homme a 52 ans mais semble sans âge. Ce fils d’agriculteurs, qui a quitté l’école à 7 ans, se dit « complétement autodidacte ». Il a élevé des brebis et cultivé des châtaignes avant de se spécialiser dans les semences. Il dissémine aujourd’hui ses graines sur du terreau, dans des jardinières fatiguées.

Puis il place ses jardinières sur un énorme tas de fumier en décomposition, dont la température atteindra bientôt 70 degrés pendant plusieurs jours, chauffant la serre et permettant la germination des graines.


Pascal Poot et sa couche chaude dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

La technique, appelée couche chaude, est très ancienne. C’est elle qui permettait aux maraîchers parisiens du XIXe siècle de récolter des melons en pleine ville dès la fin du printemps. C’est elle qui permet à Pascal Poot de faire germer chaque année des milliers de plants de tomates, aubergines, poivrons... Avant de les planter sur son terrain et de ne plus s’en occuper jusqu’à la récolte.

 


La serre de Pascal Poot, à la fin des semis, en 2014 (DR)

Tout en semant ces graines, Pascal me révèle les détails de sa méthode :

« La plupart des plantes qu’on appelle aujourd’hui “mauvaises herbes” étaient des plantes que l’on mangeait au Moyen-Age, comme l’amarante ou le chiendent... Je me suis toujours dit que si elles sont si résistantes aujourd’hui c’est justement parce que personne ne s’en est occupé depuis des générations et des générations.

Tout le monde essaye de cultiver les légumes en les protégeant le plus possible, moi au contraire j’essaye de les encourager à se défendre eux-mêmes. J’ai commencé à planter des tomates sur ce terrain plein de cailloux il y a une vingtaine d’années, à l’époque il n’y avait pas une goutte d’eau.

Tout le monde pense que si on fait ça toutes les plantes meurent mais ce n’est pas vrai. En fait, presque tous les plants survivent. Par contre on obtient de toutes petites tomates, ridicules. Il faut récolter les graines du fruit et les semer l’année suivante. Là on commence à voir de vraies tomates, on peut en avoir 1 ou 2 kilos par plant.

Et si on attend encore un an ou deux, alors là c’est formidable. Au début on m’a pris pour un fou mais au bout d’un moment, les voisins ont vu que j’avais plus de tomates qu’eux, et jamais de mildiou, en plus, alors les gens ont commencé à parler et des chercheurs sont venus me voir. »


Pascal Poot dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

Parmi ces chercheurs, on compte Bob Brac de la Perrière, biologiste et généticien des plantes et coordinateur de l’association environnementale Bede :

« A la fin des années 90, au moment du combat contre les OGM, on s’est dit qu’il fallait aussi travailler sur les alternatives, et on a commencé à faire l’inventaire des agriculteurs qui faisaient leurs propres semences. On a dû en trouver entre 100 et 150 en France.

Mais le cas de Pascal Poot était unique. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a une grande indépendance d’esprit, il suit ses propres règles et à ma connaissance personne ne fait comme lui. Il sélectionne ses semences dans un contexte de difficulté et de stress pour la plante, ce qui les rend extrêmement tolérantes, améliore leur qualité gustative et fait qu’elles sont plus concentrées en nutriment.

En plus de ça il cultive plusieurs centaines de variétés différentes, peu d’agriculteurs ont une connaissance aussi vaste de l’espèce qu’ils cultivent. »

 


Pascal Poot choisit une étiquette, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

Les chercheurs commencent seulement à comprendre les mécanismes biologiques qui expliquent le succès de la méthode de Pascal Poot, assure Véronique Chable, spécialiste du sujet à l’INRA-Sad de Rennes et qui a mené des recherche sur les sélections de Pascal Poot depuis 2004 :

« Son principe de base, c’est de mettre la plante dans les conditions dans lesquelles on a envie qu’elle pousse. On l’a oublié, mais ça a longtemps fait partie du bon sens paysan.

Aujourd’hui, on appelle cela l’hérédité des caractères acquis, en clair il y a une transmission du stress et des caractères positifs des plantes sur plusieurs générations.

Il faut comprendre que l’ADN est un support d’information très plastique, il n’y a pas que la mutation génétique qui entraîne les changements, il y a aussi l’adaptation, avec par exemple des gènes qui sont éteints mais qui peuvent se réveiller.

La plante fait ses graines après avoir vécu son cycle, donc elle conserve certains aspects acquis. Pascal Poot exploite ça extrêmement bien, ses plantes ne sont pas très différentes des autres au niveau génétique mais elles ont une capacité d’adaptation impressionnante ».


Pascal Poot dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

Cette capacité d’adaptation a une valeur commerciale. Pendant ma visite, plusieurs personnes ont appelé Pascal pour commander des semences. L’agriculteur vend ses graines à plusieurs semenciers bio, dont Germinance.

Kevin Sperandio, artisan semencier chez Germinance, nous explique :


Des aubergines blanches poussent dans la ferme de Pascal Poot (DR)

« Le fait que les semences de Pascal Poot soient adaptées à un terroir difficile fait qu’elles ont une capacité d’adaptation énorme, pour toutes les régions et les climats.

Nous n’avons pas les moyens de faire ce genre de tests mais je suis sûr que si on faisait un test entre une variété hybride, celle de Pascal Poot et une semence bio classique ce serait celles du conservatoire de la tomate qui obtiendraient les meilleurs résultats. »

Une partie de ces graines sont vendues dans l’illégalité, parce qu’elles ne sont pas inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés végétales du GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et plants). Cela énerve beaucoup Pascal Poot, jusque là très calme :

« L’une de mes meilleures variétés, c’est la Gregori Altaï. Mais elle n’est pas inscrite au catalogue, peut-être parce qu’elle n’est pas assez régulière pour eux. Beaucoup de variétés sont comme ça. A l’automne dernier, le semencier Graines del Païs a eu un contrôle de la répression des fraudes qui a établi près de 90 infractions dans leur catalogue.

Le principe c’est qu’on ne nous autorise à vendre que les graines qui donnent des fruits qui sont tous pareils et qui donnent les mêmes résultats à chaque endroit. Pour moi, c’est le contraire du vivant, qui repose sur l’adaptation permanente. Cela revient à produire des clones mais on veut en plus que ces clones soient des zombies. »


La caisse d’étiquettes de Pascal Poot, le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

Interrogé au sujet de ces contrôles, un délégué du GNIS expliquait en mars 2014 :

« Notre objectif est d’apporter une protection à l’utilisateur et au consommateur. Le secteur français des semences est très performant, mais il a besoin d’une organisation qui a fait ses preuves et d’un système de certification. »


Les tomates de Pascal Poot, en 2014 (DR)

Sauf que l’uniformisation des fruits et des semences se fait souvent au détriment du goût et des qualités nutritives. Et pourrait, à l’avenir, nuire aux agriculteurs, estime Véronique Chable :

« Le travail de sélection des semences montre qu’on peut pousser le végétal vers des conditions impressionnantes. Mais l’agriculture moderne a perdu ça de vue, elle ne repose pas du tout sur la capacité d’adaptation.

Or dans un contexte de changement rapide du climat et de l’environnement c’est quelque chose dont le monde agricole va avoir besoin. Il va falloir préserver non seulement les semences mais aussi les savoir-faire des agriculteurs, les deux vont ensemble. »

Pour partager ce savoir-faire, j’ai demandé à Pascal de m’expliquer comment il sélectionne et récolte ses semences. Voici ses conseils :


Les graines de Pascal Poot, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

  • « Il faut prendre le fruit le plus tard possible, si possible juste avant les premières gelées comme ça il aura vécu non seulement à la sécheresse de l’été mais aussi aux pluies de l’automne. »
  • « Les tomates, c’est tout à fait spécial. Quand on ouvre une tomate, les graines sont dans une sorte de gélatine, comme un blanc d’œuf. Cette gélatine empêche les graines de germer à l’intérieur du fruit, qui est chaud et humide. Les graines ne germent pas avant que cette gélatine ait pourri et fermenté. »
  • « Il faut donc faire fermenter les graines. Pour ça il faut ouvrir la tomate, extraire les graines et les laisser plusieurs heures dans leur jus, par exemple dans un saladier. Il va se produire une fermentation lactique. »
  • « Il faut surveiller la fermentation comme le lait sur le feu, ça peut durer entre 6 et 24 heures mais contrairement à ce qu’on dit, il ne faut pas attendre qu’une pellicule de moisissure apparaisse. On prend une graine on la pose sur la main, si on peut la déplacer avec l’index sans que la gélatine ne vienne avec la graine, c’est que c’est bon. »
  • « Ensuite on passe le tout dans une passoire à thé, on lave à l’eau et on met à sécher. Là on arrive à un taux de germination entre 98% et 100%. »
  • « Le poivron c’est différent, il faut juste laver les graines, les faire sécher sur un tamis très fin et les stocker. Pour le piment c’est la même chose mais ça devient dangereux parce que les graines brûlent, c’est très fort, ça passe même à travers les gants. Une fois j’ai récolté les graines d’un cageot de piments d’Espelette sans gant, j’ai dû passer la nuit avec les mains dans l’eau glacée ! »

 


Pascal Poot dans sa serre, à Lodève le 26 février 2015 (Thibaut Schepman/Rue89)

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Sur le web : Le Volcan de Feu entre en éruption au Guatemala

À vous !

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  • frrfrr
    frrfrr
    sous

    super article, merci

  • Tom.Joad
    Tom.Joad
    Qu'en pense Golman Sachs ?

    des variétés potagères anciennes et parfaitement fixées, non inscrites au catalogue officiel, donc non commercialisables.

    des variétés F1 parfaitement commercialisées car inscrites, mais qui dégénèrent dès f2.

    le cercle vicieux du technocrate/actionnaire/breveteur qui nous mord jusqu’a la queue

    EDIT
    a mon humble avis, il n’y a pas que cela non plus. Sûr qu’il a du commencer avec un terrain « frugal », mais vu sa démarche cela m’étonnerait qu’après vingt ans de travail le terrain ne soit que le même champ de cailloux qu’aux débuts

    Son approche couplée à celle de Jean Pain, devrait donner des « miracles » ( miracles au sens FNSEA bien sûr )

  • Elzévir.
    Elzévir.
    Jardinier urbain

    Merci pour cet article captivant.
    L’an dernier j’ai prélevé des graines de tomates cornues bio, j’ai enlevé le plus gros de la pulpe et juste fait sécher à plat. En février je les ai semées. 100% de réussite. Sa technique est intéressante, mais un peu plus longue. J’imagine que c’est plus facile de faire comme lui quand on a une grosse quantité de graines.

  • Le meilleur article de la semaine pour le moment.

    Sinon, les resultats de l’etude sont consultables ici

    En plus on y trouve d’autres conseils pour faire ses propres semences.

  • Eskarina
    Eskarina répond à Elzévir.
    Faut voir

    100% de réussite, donc rien à ajouter. On peut néanmoins trouver avantage à faire moisir les graines quelques jours dans l’eau avant de les laisser sécher, cela facilite la germination.
    Autre technique de semis : prendre des tomates bien mûres, les mettre dans un seau en plastique fermé, contenant du terreau humide. Les oublier pendant quelques mois... ça germe tout seul ! La difficulté, c’est d’avoir les contenants et les couvercles kivonbien.
    J’aimerais bien essayer la méthode de Pascal Poot, mais je n’ai pas de fumier pour faire des couches chaudes (je sais où en trouver, mais je ne peux pas le faire livrer, donc c’est embêtant).

  • Enki
    Enki répond à pemmore
    alchimiste

    Hep M’sieur ! Hep M’sieur !

    « En Vendée à 200 m de la mer », il y a un truc terrible que vous pouvez faire et pas moi.

    Connaissez-vous, parmi les légumes anciens/oubliés/en voie de disparition, le Crambe maritime ?

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Posté par manee à 12:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 février 2015

ahahah !!!

ahahah !

" Un homme, dans la nacelle d’une montgolfière, ne sait plus où il se trouve. Il descend et aperçoit une femme au sol. Il descend encore plus bas et l’interpelle :

« Excusez-moi ! Pouvez-vous m’aider ? J’avais promis à un ami de le rencontrer et j’ai déjà une heure de retard car je ne sais plus où je me trouve. »

La femme au sol répond : « Vous êtes dans la nacelle d’un ballon à air chaud à environ 10 m du sol. Vous vous trouvez exactement à 49°, 28’ et 11’’ Nord et 8°, 25’ et 58’’ Est ».

« Vous devez être ingénieur » dit l’aérostier.

« Je le suis », répond la femme, « comment avez-vous deviné ? »

« Eh bien », dit l’aérostier, « tout ce que vous m’avez dit à l’air techniquement parfaitement correct, mais je n’ai pas la moindre idée de ce que je peux faire de vos informations et en fait je ne sais toujours pas où je me trouve. Pour parler ouvertement, vous ne m’avez été d’aucune aide. Pire, vous avez encore retardé mon voyage. »

La femme lui répond : « Vous devez être un "top manager". »

« Oui, » répond l’homme avec fierté, « mais comment avez-vous deviné ? »

« Eh bien », dit la femme, « vous ne savez ni où vous êtes, ni où vous allez. Vous avez atteint votre position actuelle en chauffant et en brassant une énorme quantité d’air. Vous avez fait une promesse sans avoir la moindre idée de comment vous pourriez la tenir et vous comptez maintenant sur les gens situés en dessous de vous pour qu’ils résolvent votre problème. Votre situation avant et après notre rencontre n’a pas changé, mais comme par hasard, c’est moi maintenant qui à vos yeux en suis responsable ! »

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Posté par manee à 15:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]

25 février 2015

les épidémies de grippes viennent des élevages industriels

Les grandes épidémies de grippe viennent des élevages industriels

Les grandes épidémies de grippe viennent des élevages industriels

Les usines à cochons de la planète sont les creusets de nouveaux virus de la grippe particulièrement dangereux.

Ce texte est extrait de mon livre « Prévenir et guérir la grippe »

Le 27 avril 2009, Edgar Hernández, un petit garçon de 5 ans de l’Etat de Veracruz au Mexique, est devenu la première victime officielle de la grippe dite « porcine ».

Les analyses ont confirmé que le petit Edgar était porteur d’anticorps contre le nouveau virus H1N1. Il a survécu. Mais le cas d’Edgar a attiré l’attention des chercheurs et des médias sur la ville de La Gloria, dont il est originaire et sur sa région. La Gloria, 3 000 habitants et sa région sont en effet considérées comme l’épicentre de l’épidémie de grippe porcine de 2009.

C’est aussi dans la région de La Gloria − les vallées de Perote et Guadalupe Victoria − qu’est implantée l’une des usines Granjas Carroll du Mexique (GCM) dont sont sortis en 2008 près d’un million de porcs.

GCM appartient pour moitié au plus gros producteur de cochons du monde, l’Américain Smithfield Foods (Virginie), propriétaire en France des marques Aoste, Justin Bridou et Cochonou. Smithfield a été racheté en 2013 par le groupe chinois Shuanghui.

Chaque jour, plus de 2 300 cochons sont abattus dans l’énorme usine à viande de GCM. On les retrouve sous forme de bacon dans les hamburgers servis par les McDo américains, dont GCM est un fournisseur majeur.

Au cours des dernières années, les producteurs de viande des États-Unis ont établi d’énormes unités d’élevage et d’abattage au Mexique, profitant des accords de libre-échange entre les deux pays, de la main d’œuvre bon marché et de la réglementation environnementale plus laxiste qu’au nord du Rio Grande. 

Ces usines sont appelées, dans le jargon de la profession des CAFO (confined animal feeding operations). Dans ces longues constructions blanches que l’on découvre d’avion, des milliers de cochons sont parqués et engraissés pour l’abattage tandis que les truies sont confinées dans des boxes de métal, où elles passent le plus clair de leur existence à porter et mettre bas des porcelets.

La Gloria n’est pas vraiment votre idée du Mexique enchanteur. C’est un gros bourg poussiéreux entouré de « lagons de merde » selon le mot de journalistes britanniques.

En mars 2009, quelques semaines avant l’éruption de grippe porcine, les habitants de La Gloria se plaignaient des effluves qui s’échappaient de l’usine GCM et de ses « lagons d’excréments de cochons ». En mai 2009, ils ont manifesté en brandissant des panneaux sur lesquels des cochons étaient barrés d’une croix. On pouvait lire : peligro (danger). Une enquête des journalistes du quotidien mexicain La Marcha a mis en lumière les pratiques douteuses de GCM dans le traitement des eaux usées et des déchets. La compagnie mère américaine avait de son côté écopé en 1997 d’une amende de 12,3 millions de dollars pour violation de la réglementation sur les eaux usées.

Mais aussi bien les autorités mexicaines que les producteurs de porc font tout pour éviter que des journalistes et des scientifiques s’intéressent de trop près aux activités des usines à cochons.

Car depuis des années, des chercheurs du monde entier craignent que les usines à cochons de la planète soient les creusets de nouveaux virus de la grippe particulièrement dangereux, et qu’ils se répandent ensuite dans la population.

Les virus du néolithique

Les grandes pandémies sont apparues avec l’émergence de l’agriculture, il y a environ 10 000 ans. La biologie moléculaire et les travaux de l’Américain Jared Diamond ont montré qu’elles ont toutes une origine animale et qu’elles ont été transférées à l’homme aux premiers temps de la domestication et de l’élevage, en raison de la proximité entre fermiers et animaux. C’est vrai pour la grippe, la variole, la malaria, la tuberculose, le typhus, la diphtérie, la rougeole, la fièvre jaune, la peste et le choléra... La variole (comme la tuberculose) a été transmise à l’homme par les moutons, les chèvres et le bétail. Ces maladies étaient inconnues de l’humanité avant l’ère agricole du néolithique, soit pendant les sept millions d’années au cours desquelles nos ancêtres n’ont pratiqué que la cueillette, le charognage, puis la chasse et la pêche.

Tout change il y a dix à 12 000 ans au néolithique, avec la sédentarité et la généralisation de l’élevage. Hommes et animaux vivent souvent dans les mêmes lieux, une proximité qui va faire le lit des nouvelles épidémies et contribuer à la santé précaire qui caractérise cette époque.

Le virus de la grippe va s’accommoder parfaitement des bouleversements qui touchent la gestion des ressources alimentaires à partir du néolithique. Ses gènes en effet se présentent sous la forme d’un chapelet de 8 segments d’ARN (« mini-chromosomes ») assez mal arrimés les uns aux autres, ce qui fait qu’ils peuvent facilement se détacher et se recombiner avec les segments génétiques d’autres virus qui se trouvent à proximité. L’insertion de nouveaux segments provenant de virus différents, en particulier d’origine animale, s’appelle une cassure antigénique. Ce sont ces virus nés de cassures qui provoquent les pandémies.

Les chercheurs ont longtemps cru que les pandémies de grippe, comme les épidémies de grippe saisonnière, trouvaient leur origine dans l’évolution naturelle du virus. Cette vision angélique a été mise en pièces dans les années 1990 par les données rassemblées par Robert Webster (Hôpital pour enfants St Jude de Memphis, Tennessee), Christoph Scholtissek (Institut de virologie de l’université Justus Liebig de Giessen, en Allemagne) et Stephen Morse (université Rockefeller de New York). En réalité, disent-ils, le principal responsable de l’émergence de nouveaux virus mortels de la grippe est aussi le principal responsable des grandes pandémies qui de la Mésopotamie à l’empire Aztèque ont anéanti des pans entiers de l’humanité : l’homme et ses pratiques d’élevage.

Dans l'intestin du cochon, un tube à essai

Les volailles, en particulier les canards et les oies sont les réservoirs majeurs des virus de la grippe. L’homme résiste généralement aux infections par ces virus aviaires, mais le porc est plus facilement infecté, tant par les virus aviaires que par les virus de la grippe qui touchent les mammifères. Le porc sert donc souvent de « tube à essai » dans lequel des virus de plusieurs origines peuvent échanger du matériel génétique et construire un nouveau virus mortel.

Les CAFO qui élèvent des porcs sont, au moins sur le papier, des structures closes. Il s’agit d’empêcher les animaux de tomber malades. Mais on aurait tort de croire qu’elles sont hermétiques. Des microbes peuvent y entrer et en sortir de multiples manières.

Certains CAFO, notamment dans des pays dont les réserves en eau sont mesurées, comme le Mexique, recyclent leurs eaux usées, en puisant dans leurs fameuses mares à excréments. L’eau est utilisée pour nettoyer les stalles. Le problème, c’est que des oiseaux se servent aussi de ces mares à ciel ouvert et peuvent y déposer des virus. Les CAFO qui prélèvent des eaux de surface, même propres, courent le même risque.

Et il n’y a pas que l’eau. En 2008, la commission américaine Pew sur les pratiques des fermes industrielles a publié un rapport qui se penche sur la question des substances relarguées dans l’air par ces usines de production de chair animale. Selon ce rapport, « des niveaux élevés de particules et de bioaérosols sont disséminés par les ventilateurs. Les particules sont composées de matières fécales, de produits alimentaires, de cellules épithéliales et de sous-produit de décomposition des matières fécales et alimentaires. » Le rapport ajoutait que « les bioaérosols, qui sont des particules aériennes d’origine biologique sont un constituant majeur des matières particulaires disséminées par les élevages industriels. Elles se composent de bactéries, moisissures, spores bactériens, virus, déchets cellulaires, pollens, aéroallergènes. »

Les employés des CAFO sont particulièrement bien placés non seulement pour être infectés par un nouveau virus, mais aussi pour le disséminer dans la population. Après que la grippe aviaire ait contaminé plusieurs usines à poulets néerlandaises en 2003, une étude a montré que 64 % de ceux qui avaient été au contact de personnes infectées par le virus aviaire H7N7 présentaient eux aussi des anticorps. De la même manière, les conjoints d’employés d’usines à cochons ont plus de chance de présenter des anticorps aux virus de la grippe porcine : 20 % des employés des élevages industriels de porcs présentent de tels anticorps.

Selon d’autres travaux de modélisation, lorsqu’il y a dans une communauté un grand nombre d’employés de CAFO, le risque de transmission d’une pandémie de grippe à la population environnante est grandement augmenté. Les employés d’une CAFO peuvent aussi introduire des virus humains de la grippe dans les unités d’élevage dans lesquelles ils travaillent : ces virus peuvent ensuite se mélanger aux virus d’origine animale. C’est ce qui s’est produit en 1998 dans un élevage de Caroline du Nord, mais aussi en 2009 au Canada et en Argentine avec le virus de la grippe A.

Les riverains des CAFO, comme à La Gloria se plaignent depuis des années de la qualité de l’air qu’ils respirent. Ils se plaignent aussi des bataillons de mouches qui infestent les waste lagoons et leurs habitations. Or les mouches peuvent transporter les virus de la grippe. Une étude de 1985 a trouvé qu’un tiers des mouches, lors d’une flambée de grippe aviaire en Pennsylvanie étaient porteuses de particules virales. Une autre étude japonaise de 1984 a récupéré des virus entiers sur des mouches à proximité d’un élevage de poulets infecté par le virus aviaire H5N1.

Peu à peu, sans que le public en soit averti, l’élevage animalier se voit contraint à des mesures de sécurité de plus en plus draconiennes, simplement pour continuer à assouvir notre insatiable appétit pour le jambon sous plastique et les nuggets de poulet de batterie. Cette escalade malsaine pourrait conduire les CAFO à adopter un cahier des charges aussi copieux que celui d’une centrale nucléaire sans pour autant qu’une sécurité totale y règne jamais.

Comme le résume Edwin Kilbourne, professeur de microbiologie à l’Ecole de médecine de Mount Sinai de New York : « Eliminez tous les élevages de porcs et de canards, et vous éliminerez les pandémies de grippe ».

Lisez la suite dans « Prévenir et guérir la grippe »

Les grandes épidémies de grippe viennent des élevages industriels

Les grandes épidémies de grippe viennent des élevages industriels

Les usines à cochons de la planète sont les creusets de nouveaux virus de la grippe particulièrement dangereux.

Ce texte est extrait de mon livre « Prévenir et guérir la grippe »

Le 27 avril 2009, Edgar Hernández, un petit garçon de 5 ans de l’Etat de Veracruz au Mexique, est devenu la première victime officielle de la grippe dite « porcine ».

Les analyses ont confirmé que le petit Edgar était porteur d’anticorps contre le nouveau virus H1N1. Il a survécu. Mais le cas d’Edgar a attiré l’attention des chercheurs et des médias sur la ville de La Gloria, dont il est originaire et sur sa région. La Gloria, 3 000 habitants et sa région sont en effet considérées comme l’épicentre de l’épidémie de grippe porcine de 2009.

C’est aussi dans la région de La Gloria − les vallées de Perote et Guadalupe Victoria − qu’est implantée l’une des usines Granjas Carroll du Mexique (GCM) dont sont sortis en 2008 près d’un million de porcs.

GCM appartient pour moitié au plus gros producteur de cochons du monde, l’Américain Smithfield Foods (Virginie), propriétaire en France des marques Aoste, Justin Bridou et Cochonou. Smithfield a été racheté en 2013 par le groupe chinois Shuanghui.

Chaque jour, plus de 2 300 cochons sont abattus dans l’énorme usine à viande de GCM. On les retrouve sous forme de bacon dans les hamburgers servis par les McDo américains, dont GCM est un fournisseur majeur.

Au cours des dernières années, les producteurs de viande des États-Unis ont établi d’énormes unités d’élevage et d’abattage au Mexique, profitant des accords de libre-échange entre les deux pays, de la main d’œuvre bon marché et de la réglementation environnementale plus laxiste qu’au nord du Rio Grande. 

Ces usines sont appelées, dans le jargon de la profession des CAFO (confined animal feeding operations). Dans ces longues constructions blanches que l’on découvre d’avion, des milliers de cochons sont parqués et engraissés pour l’abattage tandis que les truies sont confinées dans des boxes de métal, où elles passent le plus clair de leur existence à porter et mettre bas des porcelets.

La Gloria n’est pas vraiment votre idée du Mexique enchanteur. C’est un gros bourg poussiéreux entouré de « lagons de merde » selon le mot de journalistes britanniques.

En mars 2009, quelques semaines avant l’éruption de grippe porcine, les habitants de La Gloria se plaignaient des effluves qui s’échappaient de l’usine GCM et de ses « lagons d’excréments de cochons ». En mai 2009, ils ont manifesté en brandissant des panneaux sur lesquels des cochons étaient barrés d’une croix. On pouvait lire : peligro (danger). Une enquête des journalistes du quotidien mexicain La Marcha a mis en lumière les pratiques douteuses de GCM dans le traitement des eaux usées et des déchets. La compagnie mère américaine avait de son côté écopé en 1997 d’une amende de 12,3 millions de dollars pour violation de la réglementation sur les eaux usées.

Mais aussi bien les autorités mexicaines que les producteurs de porc font tout pour éviter que des journalistes et des scientifiques s’intéressent de trop près aux activités des usines à cochons.

Car depuis des années, des chercheurs du monde entier craignent que les usines à cochons de la planète soient les creusets de nouveaux virus de la grippe particulièrement dangereux, et qu’ils se répandent ensuite dans la population.

Les virus du néolithique

Les grandes pandémies sont apparues avec l’émergence de l’agriculture, il y a environ 10 000 ans. La biologie moléculaire et les travaux de l’Américain Jared Diamond ont montré qu’elles ont toutes une origine animale et qu’elles ont été transférées à l’homme aux premiers temps de la domestication et de l’élevage, en raison de la proximité entre fermiers et animaux. C’est vrai pour la grippe, la variole, la malaria, la tuberculose, le typhus, la diphtérie, la rougeole, la fièvre jaune, la peste et le choléra... La variole (comme la tuberculose) a été transmise à l’homme par les moutons, les chèvres et le bétail. Ces maladies étaient inconnues de l’humanité avant l’ère agricole du néolithique, soit pendant les sept millions d’années au cours desquelles nos ancêtres n’ont pratiqué que la cueillette, le charognage, puis la chasse et la pêche.

Tout change il y a dix à 12 000 ans au néolithique, avec la sédentarité et la généralisation de l’élevage. Hommes et animaux vivent souvent dans les mêmes lieux, une proximité qui va faire le lit des nouvelles épidémies et contribuer à la santé précaire qui caractérise cette époque.

Le virus de la grippe va s’accommoder parfaitement des bouleversements qui touchent la gestion des ressources alimentaires à partir du néolithique. Ses gènes en effet se présentent sous la forme d’un chapelet de 8 segments d’ARN (« mini-chromosomes ») assez mal arrimés les uns aux autres, ce qui fait qu’ils peuvent facilement se détacher et se recombiner avec les segments génétiques d’autres virus qui se trouvent à proximité. L’insertion de nouveaux segments provenant de virus différents, en particulier d’origine animale, s’appelle une cassure antigénique. Ce sont ces virus nés de cassures qui provoquent les pandémies.

Les chercheurs ont longtemps cru que les pandémies de grippe, comme les épidémies de grippe saisonnière, trouvaient leur origine dans l’évolution naturelle du virus. Cette vision angélique a été mise en pièces dans les années 1990 par les données rassemblées par Robert Webster (Hôpital pour enfants St Jude de Memphis, Tennessee), Christoph Scholtissek (Institut de virologie de l’université Justus Liebig de Giessen, en Allemagne) et Stephen Morse (université Rockefeller de New York). En réalité, disent-ils, le principal responsable de l’émergence de nouveaux virus mortels de la grippe est aussi le principal responsable des grandes pandémies qui de la Mésopotamie à l’empire Aztèque ont anéanti des pans entiers de l’humanité : l’homme et ses pratiques d’élevage.

Dans l'intestin du cochon, un tube à essai

Les volailles, en particulier les canards et les oies sont les réservoirs majeurs des virus de la grippe. L’homme résiste généralement aux infections par ces virus aviaires, mais le porc est plus facilement infecté, tant par les virus aviaires que par les virus de la grippe qui touchent les mammifères. Le porc sert donc souvent de « tube à essai » dans lequel des virus de plusieurs origines peuvent échanger du matériel génétique et construire un nouveau virus mortel.

Les CAFO qui élèvent des porcs sont, au moins sur le papier, des structures closes. Il s’agit d’empêcher les animaux de tomber malades. Mais on aurait tort de croire qu’elles sont hermétiques. Des microbes peuvent y entrer et en sortir de multiples manières.

Certains CAFO, notamment dans des pays dont les réserves en eau sont mesurées, comme le Mexique, recyclent leurs eaux usées, en puisant dans leurs fameuses mares à excréments. L’eau est utilisée pour nettoyer les stalles. Le problème, c’est que des oiseaux se servent aussi de ces mares à ciel ouvert et peuvent y déposer des virus. Les CAFO qui prélèvent des eaux de surface, même propres, courent le même risque.

Et il n’y a pas que l’eau. En 2008, la commission américaine Pew sur les pratiques des fermes industrielles a publié un rapport qui se penche sur la question des substances relarguées dans l’air par ces usines de production de chair animale. Selon ce rapport, « des niveaux élevés de particules et de bioaérosols sont disséminés par les ventilateurs. Les particules sont composées de matières fécales, de produits alimentaires, de cellules épithéliales et de sous-produit de décomposition des matières fécales et alimentaires. » Le rapport ajoutait que « les bioaérosols, qui sont des particules aériennes d’origine biologique sont un constituant majeur des matières particulaires disséminées par les élevages industriels. Elles se composent de bactéries, moisissures, spores bactériens, virus, déchets cellulaires, pollens, aéroallergènes. »

Les employés des CAFO sont particulièrement bien placés non seulement pour être infectés par un nouveau virus, mais aussi pour le disséminer dans la population. Après que la grippe aviaire ait contaminé plusieurs usines à poulets néerlandaises en 2003, une étude a montré que 64 % de ceux qui avaient été au contact de personnes infectées par le virus aviaire H7N7 présentaient eux aussi des anticorps. De la même manière, les conjoints d’employés d’usines à cochons ont plus de chance de présenter des anticorps aux virus de la grippe porcine : 20 % des employés des élevages industriels de porcs présentent de tels anticorps.

Selon d’autres travaux de modélisation, lorsqu’il y a dans une communauté un grand nombre d’employés de CAFO, le risque de transmission d’une pandémie de grippe à la population environnante est grandement augmenté. Les employés d’une CAFO peuvent aussi introduire des virus humains de la grippe dans les unités d’élevage dans lesquelles ils travaillent : ces virus peuvent ensuite se mélanger aux virus d’origine animale. C’est ce qui s’est produit en 1998 dans un élevage de Caroline du Nord, mais aussi en 2009 au Canada et en Argentine avec le virus de la grippe A.

Les riverains des CAFO, comme à La Gloria se plaignent depuis des années de la qualité de l’air qu’ils respirent. Ils se plaignent aussi des bataillons de mouches qui infestent les waste lagoons et leurs habitations. Or les mouches peuvent transporter les virus de la grippe. Une étude de 1985 a trouvé qu’un tiers des mouches, lors d’une flambée de grippe aviaire en Pennsylvanie étaient porteuses de particules virales. Une autre étude japonaise de 1984 a récupéré des virus entiers sur des mouches à proximité d’un élevage de poulets infecté par le virus aviaire H5N1.

Peu à peu, sans que le public en soit averti, l’élevage animalier se voit contraint à des mesures de sécurité de plus en plus draconiennes, simplement pour continuer à assouvir notre insatiable appétit pour le jambon sous plastique et les nuggets de poulet de batterie. Cette escalade malsaine pourrait conduire les CAFO à adopter un cahier des charges aussi copieux que celui d’une centrale nucléaire sans pour autant qu’une sécurité totale y règne jamais.

Comme le résume Edwin Kilbourne, professeur de microbiologie à l’Ecole de médecine de Mount Sinai de New York : « Eliminez tous les élevages de porcs et de canards, et vous éliminerez les pandémies de grippe ».

Lisez la suite dans « Prévenir et guérir la grippe »

Posté par manee à 00:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]